Zone urbaine, illustration en bichromie ; un garçon de 8 ans avance sous sa capuche bleue. Johnny aime aller à la bibliothèque. Mais pas vraiment pour le plaisir auquel on s’attend. D’ailleurs, le livre qu’il aurait voulu emprunter la dernière fois, une BD qui avait l’air cool avec un pistolet en couverture, la maîtresse le lui a interdit.
Johnny, s’il aime aller à la bibliothèque ce n’est pas non plus pour écouter la charmante dame ronde leur lire des histoires. De toutes façons, « il ne trouve pas qu’écrire ça soit plus joli que de dire la vérité. La vérité c’est qu’il n’y a pas besoin de faire le tour de la Terre pour aller à la mer (comme dans le poème de Jacques Prévert, vue) qu’elle est à 503 km comme son père lui a dit, ce qui est déjà super impressionnant ! »
Non, Johnny s’il adore aller à la bibliothèque, c’est pour prendre le bus, s’installer juste derrière le chauffeur, c’est sa place, et rêver d’aller un peu plus loin. Un vrai bonheur pour lui, un bonheur tout simple comme cette petite histoire bleue ciel, bleue mer, bleu poésie, qui pointe légèreté et profondeur dans un quotidien de banlieue, auprès d’une famille avec peu de moyens. Et si elle en avait davantage, peu importe, l’imaginaire se frotte au réel dans la tendresse que l’on se voue et dans le désir d’évasion que l’on partage.
Les illustrations de Jean-Pierre Blanpain, aux formes angulaires, expriment symboliquement le réalisme qu’il signifie et qu’il dépasse, et nous laissent une impression de densité légère. Au fil des pages, un dialogue naît avec l’écriture de Jo Hoestlandten alternant les champs de perceptions, et, l’un et l’autre en immiscant de belles notes d’humour. Le livre se referme avec des éclats de bleu dans les yeux du lecteur, une douceur et ce désir peut-être de donner à manger aux mouettes, perchés au douzième étage de notre immeuble, situé à 503 km de la mer, pourtant.
Je veux aller à la mer, Où l’on apprend que la mer est à 503 km
Texte de Jo Hoestlandt Illustré par Jean-Pierre Blanpain Chez Oskar éditeur Collection Trimestre, proposée par Thierry Lenain et Benoît Morel
Les livres de la collection « Trimestre », publiée chez Oskar jeunesse et dirigée par Thierry Lenain et Benoît Morel, sont des livres de qualité. Chacun d’entre eux réunit deux talents : un(e) auteur(e) reconnu(e) pour la finesse et l’intelligence de ses textes, et un illustrateur qui a le pouvoir de faire entrer les lecteurs dans son univers graphique, à la fois personnel, immédiatement reconnaissance et accessible.
C’est encore le cas pour ce « Trimestre » n° 6 et le tandem Hoestlandt / Blanpain.
Je veux aller à la mer, où l’on apprend que la mer est à 503 km raconte un petit bout de la vie de Johnny, 8 ans, un gosse de pas riches, qui n’aime pas le vert (sauf pour les martiens et les dinosaures). Si notre Johnny aime tant aller à la bibliothèque avec sa classe, ce n’est pas parce qu’il aime les livres. D’ailleurs la maîtresse ne le laisse jamais choisir celui qu’il veut. Ce qu’il aime par-dessus tout, Johnny, c’est prendre le bus pour aller à la bibliothèque, se mettre juste derrière le chauffeur et rêver qu’il conduit l’engin qui pourrait l’emmener à la mer qu’il n’a jamais vue, à 503 km. Au moins, pendant ce court trajet, il voyage. Parce que dans la famille de Johnny, on ne part jamais en vacances l’été. On n’a pas assez d’argent. Alors Johnny va au centre aéré. L’histoire de Johnny est infiniment touchante. Avec pudeur et presque entre les lignes, Jo Hoestlandt nous parle de ce petit garçon et de sa famille, dont le quotidien est bien loin, parfois, de ce que l’on apprend à l’école, mais qui ne le rejette nullement. Johnny est mal à l’aise avec la poésie parce que c’est du « délire » : les mots, pour lui, c’est du concret. Pourtant le petit garçon n’est pas malheureux. Ses deux parents sont attentifs et présents autant qu’ils le peuvent et il y a de l’amour chez lui.
Les images de Jean-Pierre Blanpain, toutes en noir, blanc et bleu, sont à l’unisson. Elles disent les sentiments, comme le regard lointain et triste du père à la fenêtre, observé par son fils, par exemple. Elles disent aussi la joie, la vie, l’exubérance, l’amour et le rêve. Et puis comme toujours, Blanpain sème dans ses images ses petits cailloux d’impertinence et ses clins d’œil malicieux.
Ce livre, qui parle joliment de la fracture sociale, touchera un large public par ses différents niveaux de lecture. Il sonne juste, il émeut, il emporte.
Marion se rend en Inde pour travailler dans un orphelinat qui manque de tout. Là-bas, la jeune femme rencontre Lali, une orpheline muette qui souffre d’un grave retard de développement. Marion prend sous son aile l’enfant qui, rapidement, s’attache à elle. Cependant, une infirmière de l’orphelinat reproche bientôt à Marion d’agir de façon égoïste. En effet, que fera Lali lorsque Marion partira? Comment se sentira-t-elle? Après une profonde réflexion, Marion trouve le moyen d’être honnête envers elle-même et Lali. Ce faisant, elle parvient même à transformer le rapport que l’infirmière en colère entretient avec Lali. Dans ce court roman sociologique, une jeune femme est conduite à questionner sa responsabilité à l’égard d’une orpheline handicapée. Comme elle, le lecteur est conduit à se questionner sur la possibilité de faire du mal en croyant faire du bien. Le père de l’héroïne assume la narration de l’histoire de façon originale. Il rapporte ses paroles et ses gestes de façon évocatrice et crédible. Des dialogues vibrants, qui mettent en valeur les émotions que vit Marion, ponctuent cette histoire, teintée de poésie et portant une belle réflexion philosophique. Des gravures en bichromie (noir et jaune) illustrent ce récit émouvant qui porte un regard confiant et tendre sur le monde.
Chapitre thématique
Prendre ses responsabilités
Pistes d’exploration
Mettre en scène
Imaginer diverses situations, fictives ou inspirées de son expérience, pour illustrer l’idée selon laquelle il est possible de faire du mal en croyant faire le bien.
Échanger
Échanger sur les différents aspects de l’impact de Marion sur Lali. Établir des liens avec le travail de ceux et celles qui oeuvrent dans le domaine de l’aide international dans différents pays à travers le monde.
Regrouper livres et produits culturels
Consulter des livres pertinents, comme l’ouvrage philosophique Être responsable, afin de se questionner sur ce qu’implique le fait de prendre ses responsabilités.
Mots-clés
Premier roman, bénévolat, entraide, Inde, narration au « je », narration au « tu », orphelinats, orphelins et orphelines, portée philosophique, portée sociologique, prendre ses responsabilités, relations pères-filles, souvenirs
Et un joli trimestre de plus ! C’est toujours ça de gagné, sur la vie, sur le temps qui passe, sur les événements qui nous dépassent. Et un trimestre en amenant toujours un autre, les éditions Oskar nous propose leur N° 7. Un chiffre porte-bonheur. Un rendez-vous à ne pas manquer. Comme chaque Trimestre. Mais avec un texte de Marie-Aude Murail, et un certain Benoît Morel (et Rosa !) aux pinceaux, Maître Thierry Lenain, directeur de collection, a mis toutes les chances de son côté.
Restait à choisir une couleur parmi l’immense gamme chromatique mise à disposition des hommes par le créateur. Pour la petite fille dans la tête, ce sera le mauve (ou peut-être bleu indigo ?). Bleu comme les yeux de cette grande personne, qui a une petite fille dans la tête. Cette petite fille, c’est peut-être l’enfant qu’on a été, ou plutôt celui qu’on a jamais cessé d’être. Un jour pourtant, cet enfant, on l’a oublié tout là-haut. Comme cette petite fille, condamnée à errer dans la tête d’une grande personne. Une sorte de gentil fantôme qui se rappelle parfois à notre bon souvenir. Ah, nos jolis souvenirs ! Le temps passe et la petite fille a toujours cinq ans. Elle croit encore aux histoires de rois et de reines, et c’est heureux car finalement c’est peut-être ce qui aide les grandes personnes à supporter la réalité du monde.
Et un trimestre de plus ! C’est toujours ça de gagné. Ça donne envie d’attendre le suivant…
Ce texte de Marie-Aude Murail, édité en 1993 sous le titre “Son papa est un roi” et illustré par Olivier Poncer, est republié aujourd’hui dans la collection Trimestre des éditions Oskar Jeunesse et illustré par Benoit Morel avec Rosa. Nulle petite fille n’apparaît sur la couverture de ce livre ce qui naturellement m’a fait retourner l’ouvrage et ouf ! une petite fille dessinée en plongée écrasante me regarde droit dans les yeux. Il s’agit donc bien de l’histoire d’une petite fille… Une phrase accroche alors mon regard sur cette quatrième de couverture : “Quand elle attend son papa et sa maman, elle s’assoit sur une chaise en paille, toute petite, qui se trouve dans la tête de la grande personne.” ; texte intriguant qui me pousse à ouvrir le livre. Je l’ouvre, je lis, je regarde. C’est l’histoire d’une petite fille qui vit dans la tête d’une grande personne. C’est l’histoire d’une grande personne qui a gardé tout au fond d’elle la petite fille qu’elle était. C’est l’histoire d’un regard d’enfant que l’on a su préserver. Je referme le livre, texte vite lu, une quarantaine de pages ; je le touche, un papier épais; je regarde mieux la couverture, fond bleu sali, texte et dessin noir et blanc. Et je l’ouvre de nouveau, page de gauche, une illustration du noir, du bleu, du blanc ;page de droite, le texte simple, court, fort. Les deux, texte et illustration, se répondent, dialoguent, s’alimentent. C’est beau. La collection Trimestre créée par Thierry Lenain et Benoit Morel “n’existe que dans une intention : susciter chez le lecteur une émotion et/ou une réflexion forte.” Pour ma part, c’est gagné ! Heureusement, cet ouvrage est le n°7 de la collection, il m’en reste donc six à découvrir plus les autres à venir, un par trimestre.
« La petite fille dans la tête » (Où l’on comprend qu’on peut avoir cinq ans toute sa vie) Marie- Aude Murail, illustrations Benoit Morel, éditions Oskar, collection Trimestre
“Quand elle attend son papa et sa maman, elle s’assoit sur une chaise en paille, toute petite, qui se trouve dans la tête de la grande personne.” Dans la tête d’une grande personne il y a une petite fille. Elle est discrète à souhait, elle rêve de son papa le roi et de sa maman la reine… Ils ne viennent jamais, mais elle aime penser qu’ils sont quelque part… En attendant elle s’occupe en regardant par les yeux de la grande personne, en écoutant ce qu’ils disent les gens…Elle s’ennuie, elle attend sur sa petite chaise en paille. Un texte magnifique, sur le temps qui passe, sur le refus de vieillir, mais également sur le fait qu’on se conforme aux règles de la société en enfouissant nos rêves et nos envies, sous prétexte qu’ils ne sont pas de notre âge… La petite fille est là, elle rêve, elle a envie de s’amuser. Faites là rire cette petite fille, racontez lui l’histoire de ses parents, décrivez lui son château, vivez vos rêves et rêvez encore ! Un livre difficile à classer… . Un album jeunesse, un livre pour adulte ? Je vais le classer comme album jeunesse en espérant que les parents vont se l’approprier tout autant que leurs enfants…
Anatole, vieux célibataire égoïste et bougon, vit dans une maison à côté de la voie de chemin de fer. Souvent, il ramasse dans son potager des objets jetés par les passagers des trains qui passent. Un matin, il découvre… un bébé ! Un bébé qui lui sourit.
Indécis, Anatole hésite, et finit par l’adopter.
Sa vie en est soudain bouleversée.
Pour ce bébé tombé du ciel ( pardon, du train ), Anatole améliore le confort de sa maison, il cherche un prénom à ce bambin dont il doit justifier la présence soudaine à des voisins étonnés – et à des gendarmes trop curieux.
En grandissant, l’enfant oblige Anatole à lui apprendre à parler, lire, écrire, à mieux regarder les choses les plus banales, à réfléchir aux questions essentielles de la nature et de l’existence.
Parce que, d’une certaine façon, c’est moins Anatole qui élève l’enfant que l’enfant qui ouvre peu à peu Anatole à la vie.
Jusqu’au jour où se présente devant lui une femme avec une valise…
Un petit livre, mais un vrai chef d’œuvre.
Certes, la fin de ce récit devra être expliquée, partagée avec un jeune lecteur – mais je mets au défi tout adulte de ne pas être ému aux larmes aux dernières pages de cette histoire. Un récit qui démontre ma définition, certes un peu grossière, de la littérature vieillesse ( dire des choses simples avec des mots compliqués ) et de la littérature jeunesse : dire des choses compliquées avec des mots simples.
Jo Hoestland a fait vraiment très fort. Et son illustratrice a utilisé les mêmes armes : trois couleurs ( noir, blanc, jaune ) ainsi que des formes simples… un minimum de moyens pour un maximum d’effet.
Lu dans son unique édition, un album moyen format, cinquante pages et vingt-trois illustrations sur un papier superbe et épais.
«Ce soir, j’ai lu Lali l’orpheline - où l’on se demande si l’on peut faire du mal en croyant faire du bien de Thierry LENAIN, à haute voix à ma fille. 10 ans dans 1 mois, vivant dans un monde protégé, je ne savais pas si elle comprendrait, si elle aimerait. Je me suis lancée. J’ai déjà lu plusieurs fois ce livre, pour moi. Pour l’émotion. A haute voix, c’est pire. Au fur et à mesure des pages, ma voix devenait moins assurée, je sentais l’émotion monter, les larmes retenues, faire trembler ma voix. Les mots de Thierry Lenain sont terribles ! Remarque de ma fille « Elle aurait pu l’adopter ». Je lui ai expliqué que ce n’était pas si simple que ça. Ensuite elle a prétendu ne pas avoir compris l’histoire … je ne sais pas. Je lui donné mon explication. Ai-je eu raison ? Si ce livre existait en format minuscule, je l’emmènerai chaque jour avec moi. Ainsi quand je travaille (travail sans rapport avec l’écriture !), que je m’ennuie, que je me demande ce que je fais là alors que j’ai un texte à travailler, je pourrais l’ouvrir discrètement, lire quelques lignes et enfin me sentir revivre, vibrer.»
“Des saumons fumés dans la mer, tu parles ! pensa Johnny, et comment ils feraient, les saumons du supermarché, fumés et tout raplapla dans leur sachet, pour retourner nager, hein ?”
Mon avis:
Je veux aller à la mer est un album avant tout très touchant de simplicité et de réalisme. Les mots sont simples et efficaces, et les illustrations nous invitent à rentrer dans l’imaginaire et le regard de Johnny, le héros de l’histoire.
Forcément, je n’ai pas pu m’empêcher de le lire avec mon regard de maîtresse, et j’y ai vu une mise en garde pour le corps enseignant. J’avais déjà parlé de cet état de fait avec les maîtres formateurs de l’IUFM, avec ma mère aussi qui avait mal vécu les rédactions au primaire, où on lui demandait de décrire sa chambre (alors qu’elle n’avait rien dans sa chambre mis à part le lit, la table de chevet et le placard…). On n’imagine pas toujours les situations difficiles dans lesquelles on place les élèves quand on leur demande certaines choses. Une Maitresse formatrice m’avait conseillé de toujours rapporter les devoirs des élèves à du vécu de classe, et non à un vécu individuel, pour éviter ces situations difficiles.
Johnny lui, devait dire où il irait dimanche, et pendant les vacances… Mais il ne va jamais nulle part, alors c’est ce qu’il répond. Lorsque sa maman vérifie son travail, c’est un gros coup de massue qu’elle prend sur la tête, en réalisant que son enfant n’a pas la même chance que les autres. Car non, les parents qui n’emmènent pas leur enfants partout ne sont pas forcément des parents indignes (comme le supposent certains enseignants…)! Non, ce sont simplement des parents qui se démènent dans la vie d’aujourd’hui, pour que leurs enfants aient de quoi se nourrir, s’habiller… Des parents qui font de leur mieux et s’épuisent. Eux aussi méritent nos égards, nos encouragements et notre reconnaissance. Car ce n’est pas simple d’être parents. Mais on l’oublie trop souvent.
Le loup sous le lit : ou quand une petite fille sait ce que les adultes ne savent plus. Stéphane Servant, Benoit Morel. Oskar éditeur, Coll. “Trimestre”, n°5, 2012. Dès 8 ans.
“L’éclat du feu m’a réveillée. J’ai regardé sous mon lit : le loup n’était plus là. Il n’y avait plus que l’écharpe rouge qui disait : «Ce n’est pas la forêt, c’est mon coeur qui est en train de brûler.» J’ai attendu le loup toute la nuit.” page 41
La petite fille et le loup, en rouge et noir, en souvenir du “P’tit Chaperon” est une histoire atypique et belle. La ressemblance avec l’autre conte s’arrête là puisque “notre” nouveau loup est un animal triste et souffrant. Loin d’être un prédateur, il est un loup qui a peur de la ville, seul, il craint la bêtise humaine.
C’est l’histoire d’une rencontre avec celle qui l’aidera / un récit sur l’amitié entre l’homme et l’animal.
Le livre parle aussi d’une petite fille sensible qui porte sur le monde un regard empathique.
Stéphane Servant montre un loup sous sa véritable nature c’est-à-dire, sauvage ! Loin de l’univers de sa nouvelle amie (la narratrice), la cohabitation entre eux, va parfois être rude sinon tendue.
Durant plusieurs mois, ils vont se suivre et s’aimer.
Deux “cultures” à partager, de la tendresse à offrir et de la poésie, pour rêver.
Et puis, un jour, arrive ce qui devait arriver. Les hommes armés de leurs fusils, décidèrent d’en finir avec le loup ! Commence une traque infernale dans la forêt. La petite fille le cache sous son lit s’imaginant qu’il allait y rester.
Cruelle réalité, elle hérite à son tour de la peur, de la tristesse et du manque. Le loup n’est plus.
Une histoire brève mais tragique. Une écriture forte avec des images de Benoit Morel, réalisées au pochoir, avec un rendu légèrement flou. Le lecteur entre dans un monde fantasmagorique, aux fragments d’irréalité quotidienne.
J’aime beaucoup le côté psychologique voire, traumatologique de cette collection dont les numéros sont toujours très attendus. Un beau duo auteur-illustrateur, nous sommes ravis !
Anatole est un vieil homme, solitaire, absolument. Il se tient à l’écart de tout ce qui se passe autour de lui. Les trains passent, pour des destinations inconnues. Des wagons plombés, sans fenêtre. Parfois, un objet tombe du train : une brosse à cheveu, une lettre. Anatole n’en a cure, muré qu’il est depuis toujours dans sa solitude, dans sa volonté de ne jamais être dérangé. Un matin, l’herbe bouge, et c’est un bébé qu’Anatole trouve alors qu’il était en train de jardiner. Il est seul lui aussi. Ils ne seront plus seuls.
Mon avis :
Cet album est destiné aux enfants de 9 à 11 ans. Je conseillerai fortement aux parents d’accompagner la lecture de l’album car s’il est extrêmement bien écrit, rempli de pudeur, il est aussi basé sur des connaissances implicites que les enfants de neuf ans et plus ne possèdent pas forcément.
Avec Virgile (nom qu’Anatole a donné à l’enfant), il redécouvre les choses les plus simples - c’est qu’il en faut des choses pour un enfant, qui apprend à marcher, à parler, et s’émerveille de tout ce qu’il découvre. Ce qui se passe autour d’eux ne les concerne pas, et même l’intrusion des gendarmes dans cet enclos protégé des troubles extérieurs ne changera rien. La solitude bien connue d’Anatole est une protection, même contre les ragots et les dénonciation.
Le monde extérieur, ce sont pour Virgile les étoiles qui brillent dans le ciel, l’étoile qui brille au fond de ses yeux. C’est aussi le jaune qui est l’unique couleur qui est utilisé pour illustrer cet album, c’est aussi les étoiles cousus sur certains vêtements, puis décousus.
Prévoir mouchoir à la fin de l’album (voir même pendant).
Le Bébé tombé du train ou quand l’amour d’une mère est plus fort que touttexte de Jo Hoestlandtillustrations d’Andrée PrigentOskar Jeunesse – Trimestre, 2011
Anatole est un homme solitaire qui vit aux bords d’une voie ferrée. Un jour il découvre au fond de son jardin un bébé. Un bébé qui, par un regard, va conquérir le coeur du viel homme.
Trimestre est une collection qui se présente comme un intermédiaire entre le magazine (style j’aime lire) et le roman classique. La jaquette indique même « 4 titres, 4 auteurs, 4 illustrateurs pour réfléchir, s’émouvoir… »
Cette histoire est touchante par la relation qui se noue entre Anatole et ce bébé tombé du train. Il ne connaît rien des enfants et encore moins de celui-ci. Il va devoir tout apprendre, au même rythme que l’enfant et va même devoir lui trouver un prénom : Virgile. Cet homme bougon, dont l’auteur nous fait une description peu flatteuse, va finalement changer au contact de ce petit bout de vie.
Le contexte de l’histoire est amené finement. On se pose bien sûr la même question qu’Anatole : comment ce bébé est arrivé ici ? Aucune indication de lieu, ni de temps dans ce roman, les regards des voisins et la venue de la police nous donnent des indices… et même si on a vite une petite idée en tête, la révélation ne nous est donnée qu’à la fin dans les quelques mots décrivant cette mère qui réapparaît :
« Anatole voyait, sombrement dessinée, comme l’ombre d’une étoile à présent disparue ».
On comprend alors la signification du sous-titre de cette histoire (quand l’amour d’une mère est plus fort que tout).
J’ai trouvé que les illustrations correspondaient au personnage d’Anatole, assez simple, avec un caractère presque enfantin. De plus, la trichromie (blanc jaune noir) permet d’installer une atmosphère plus mystérieuse, car rien dans ces dessins ne vous donnera d’indices supplémentaires.
En tout cas, cela m’a donné envie de découvrir d’autres titres de la collection.
Johnny et les livres, ça fait deux. Johnny, ce qu’il aime bien dans les livres c’est surtout prendre le bus pour aller à la bibliothèque. C’est pas la mer à voir, mais c’est déjà voyager.
Les livres, ce n’est pas qu’il ne les aimerait pas, mais il faut bien reconnaître que parfois c’est carrément n’importe quoi. Des trucs hallucinants, des histoires à dormir debout, comme on dit. Johnny ne voit pas tellement l’intérêt de raconter des choses qui n’ont ni queue ni tête. Johnny vit dans la réalité. Et sa réalité ne s’encombre pas de ces choses qu’il ne comprend pas et sur lesquelles tout le monde semble s’extasier. Pourtant, Johnny aime les voyages. Mais pas ceux des poèmes. Les voyages où l’on part. Les voyages à la mer par exemple. Et même s’il ne l’a jamais vue, Johnny a ses propres images, sa propre poèsie. Et la sienne a le goût des frites et des beignets au chocolat, le bruit des vagues qui avancent et reculent. Des images de cartes postales.
Mais la mer est parfois très loin. Ça dépend des familles. Celle de Johnny, elle a vue sur l’amour. Pour la mer, il faudra attendre. Un jour peut-être… On se débrouillera.
Encore un Trimestre. On a envie de dire déja, tellement le temps passe vite. Et pourtant on est ravis de retrouver la collection qui porte si bien son nom. Et puis, ce Trimestre là, c’est celui de juste avant l’été. Alors il sent un peu les vacances, forcément. Même si tous les étés n’ont pas la même couleur. Bien sûr, tous les ans, à la même époque, on y pense. Mais on oublie un peu vite. Les vacances c’est fait pour ça d’ailleurs. Pour oublier. Jo Hoestlandt, nous retire un instant nos lunettes noires, histoire de nous montrer le monde tel qu’il est. Des fois en couleurs, des fois monochrome. Un peu comme un Trimestre. Un bien joli Trimestre ma foi, tout de bleu vêtu, et magnifié par les linogravures de Jean-Pierre Blanpain qui excelle dans cette technique. Un roman drôle parfois, émouvant surtout, comme une carte postale à la vie.
Jo Hoestlandt - Je veux aller à la mer - Oskar éditeur collection Trimestre 2012
Johnny adore aller à la bibliothèque enfin, ce qu’il aime surtout c’est le trajet en bus au côté du chauffeur. Les poèmes de Prévert, lus par la bibliothécaire, il s’en fiche un peu. Sauf le dernier qui parle de la mer où il n’est jamais allé. Quand il rentre chez lui, ‘il doit faire ses exercices de français et compléter des phares.Par exemple : “cet été, nous irons…”. Pour Johnny, la réponse est sans appel NULPAR…
J’ai adoré ce livre de 50 pages , illustré par JP Blanpain en bichromie noir et bleu. Le texte de Jo Hoestland est comme d’habitude d’une force et d’une justesse incroyables. Il présente, tout en finesse, une situation sociale peu favorable mais surtout il est optimiste, plein d’amour et d’espoir…
Je ne résiste pas au plaisir de vous livrer ces quelques phrases:
“Dans la bibliothèque, faut pas faire de bruit…on ne sait pas bien pourquoi faut parler comme ça, à moins qu’il y ait des fantômes à ne pas réveiller. Des fantômes d’écrivains morts, suppose Johnny.”